Diane

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Ma femme avait 38 ans, et moi, 43. En bonne santé et dynamique, elle gérait avec élégance les rôles
d’épouse, de mère attentionnée de trois enfants, et de psychologue anglophone très appréciée par
ses amis et ses clients. Nous avons été en couple pendant bientôt 20 ans. Le jour de notre mariage,
nous avons déclaré vouloir avoir quatre enfants. Ce quatrième enfant avait commencé à faire
gonfler le ventre de mon épouse.
Pendant le cinquième mois de grossesse, ma femme a commencé à tousser. Les toux devenaient de
plus en plus violentes, et ma femme était toujours plus fatiguée. Je l’ai emmenée à l’hôpital. Il ne
fallait que quelques minutes d’échographie pour identifier des tumeurs dans son foie. Une biopsie
quelques jours après a révélé qu’elle était atteinte d’un cancer d’origine inconnue mais déjà
métastasé. Les médecins secouaient leurs têtes. Il lui restait quatre mois pour vivre.
Il nous semblait invraisemblable, mais cette jeune femme allait bientôt disparaître. Notre belle vie
en couple se terminait bien trop tôt. Nos enfants tout jeunes allaient perdre leur mère.
Les semaines qui suivaient étaient tellement chargées. J’ai quitté mon travail, j’ai accompagné ma
femme autant que possible à l’hôpital pour de la chimiothérapie et des transfusions, et j’ai
commencé à apprendre comment élever seul nos enfants. Mes amis ont apporté un soutien au-delà
de toute espérance, mais au fond je sentais une très grande et lourde solitude. J’hurlais à toute force
le nom de ma femme quand j’étais au volant, le seul endroit où je pouvais ne pas craindre être
observé ou entendu.
Nos enfants, âgés de 7, 6 et 3 ans, ne comprenaient pas le futur, qui les attendait. Mais leur énergie,
leur innocence, leur amour m’ont permis de continuer — m’ont obligé à continuer.
Les médecins ont décidé d’avancer la date de l’accouchement par 8 semaines. Voyant le nouveau-né
sortir dans le monde, toute petite mais en santé, de sa mère, j’ai compris que leurs destins s’étaient
séparés. L’un prenait les forces pour la vie, l’autre perdait tout.
Trois mois plus tard, n’ayant plus la capacité de se déplacer ou de parler, pouvant à peine boire, ma
femme est tombée dans un état de semi-coma. Un soir, sur les conseils d’un spécialiste, je me suis
penché à son côté, avec nos enfants. En caressant sa main, nous lui avons exprimé tout notre amour.
Je lui ai dit qu’elle pouvait partir en paix, que son souvenir serait toujours avec nous, qu’elle ne
devrait plus lutter si c’était trop pénible. Quelques heures plus tard, elle s’est éteinte, allongée à
côté de moi dans notre lit.

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